L’écriture comme chemin

L’écriture comme chemin Mahigan Lepage, Le Dernier des Mahigan

« Le boustrophédon révèle une conception ancienne, archaïque même, de l’écriture comme chemin. De cette conception, l’idée de sujet est parfaitement absente [1] : c’est d’ailleurs la marche dubœuf et non celle de l’homme – du sujet pensant et parlant – qu’indique le mot. Idem pour le genre : ne sont pris en considération, dans le concept de boustrophédon, ni le contenu, ni la forme, mais la seule matérialité de l’écriture. Idem pour la fiction (et le roman) : le mot renvoie à une pratique toute terre à terre ; la division entre la sphère de la fiction et les autres sphères de l’expérience (Rancière) – entre écrire et labourer, en l’occurrence – n’a pas encore été instaurée. »

Eloges des blogs insensés

Eloges des blogs insensés Laurent Margantin, Oeuvres Ouvertes

« Tout ce qui implique clôture sur le web est héritage à mes yeux de l’édition traditionnelle, et j’ai donc vu très vite les limites de l’ebook : c’est toujours le blog qui est premier, c’est l’écriture et le développement du blog qu’il faut encourager. Soit contre l’idée d’éditorialisation, qui sert toujours un modèle économique ancien, que je ne souhaite pas voir importé sur le web pour ce qui est de la littérature. Logique donc que je refuse le copié-collé « revue littéraire » avec système d’abonnement – autre façon de clôturer le texte, comme l’ebook, on est toujours dans le vieux système périmé de l’édition, avec comité de rédaction, hiérarchie éditeur-auteur (il semble que ce soit vraiment difficile de s’en débarrasser et d’inventer autre chose). »

Qu’est-ce qu’un blog ? Comment ça marche

Un blog, ça ressemble à un rouleau, mais dont le début serait à la fin.

Dans un sens, ça n’est pas très pratique. Ça nous ramène presque à l’époque du volumen en papyrus des Egyptiens.

Alors pour parler d’un blog, mieux vaudrait peut-être commencer par la fin ?

Pas très pratique non plus : comment voulez-vous que je connaisse déjà la fin de l’histoire, si je n’ai pas commencé à la raconter ?

En réalité, la question est plus grave et plus inquiétante qu’il n’y paraît, car de fait,

un blog n’a pas de limites, un blog n’a pas de fin.

Ou plutôt : la fin du blog, c’est la mort. (D’où la référence aux papyrus, dont les seuls exemplaires en bon état de conservation ont été retrouvés dans les tombes des Pharaons).

Tant qu’il y a de la vie, il y a du blog. Au milieu du chemin de ma vie, je me trouvai dans une forêt profonde et vis perdue la droite voie, écrit Dante au premier vers du premier Livre de L’Enfer ; il est impossible de déterminer avec exactitude le milieu d’un blog, disait-il. Le blog est un un anneau de Moebius, sans milieu, sans fin, sans envers ni endroit ; le blog est un tapis-roulant infini sur lequel,

Au fur et à mesure que vous marchez, vous découvrez des choses, et une chose vous conduit à une autre. Mais comme tout est le fruit du hasard, il faut mettre votre imagination à rude épreuve pour créer un lien entre tous ces éléments. Ce que vous devez faire, c’est prendre ces éléments hétérogènes afin d’obliger votre esprit à adopter une démarche qu’il n’a jamais expérimentée auparavant. 

W.G. Sebald, in Lynn Sharon Schwarz, L’Archéologue de la Mémoire, conversations avec W.G. Sebald, Actes Sud.

W.G. Sebald était un écrivain bavarois exilé à Norwich qui aimait (je suppose) les cartes postales, mais pas trop (paraît-il) les ordinateurs.

Norwich : un blog est un pont

Il était en effet assez sceptique quant à un modèle de croissance basé sur le développement effréné des technologies,

(souvent destructrices)  :

On a longtemps ignoré et je crois d’ailleurs qu’on ignore encore la nature de la luminescence observée chez le hareng mort. Vers 1870 alors que l’on travaillait partout à des projets visant à l’illumination totale de nos villes, deux savants anglais répondant, en rapport avec leurs recherches, au nom prédestinés de Herrington et de Lightbown auraient étudié de très près le singulier phénomène dans l’espoir de découvrir, à partir de la substance lumineuse exsudée par les harengs morts, la formule qui permettraient de fabriquer une essence lumineuse organique se régénérant indéfiniment d’elle-même. L’échec de ce projet excentrique, ainsi que je l’ai lu récemment dans une monographie sur l’histoire de la lumière artificielle, ne devait pourtant pas constituer un revers de taille dans le processus, au demeurant irrésistible, de refoulement des ténèbres.

W.G. Sebald, Les Anneaux de Saturne, Folio Gallimard

Je me demande ce que Sebald aurait pensé du basculement numérique de nos existences, qu’il n’a pu véritablement appréhender, puisqu’il est mort en 2001.

Je me demande par exemple ce qu’il aurait pensé de ceci :

L’Universalis ne sera plus imprimé

En fait, un blog, c’est une espèce d’espace sur lequel on peut publier et lire tout ce qui est possible et imaginable, du texte, de l’image, du son. En télescopant la lecture avec l’écriture, le web change radicalement nos habitudes (nous en faisons tous l’expérience au quotidien).

S’approprier ces mutations, ouvrir un blog, laisser un commentaire, déposer un lien,  permet l’émergence de formes nouvelles, hybrides, non formatées par les impératifs économiques ou éditoriaux : écritures et lectures transversales ou fragmentaires, art du montage et du collage texte/image, pensée qui s’élabore en constellation, auto-apprentissages… « .

Ouvrir un blog

Maintenant les modèles de blogs proposés gratuitement ressemblent de plus en plus à de vrais sites que l’on peut gérer sans connaissances techniques particulières.

Ouvrir un blog prend quelques secondes.

Ça peut se faire ici : wordpress.com

Pour obtenir une aide, on trouve des « tutos » très bien faits !

On peut aussi aller chez blogspot pour faire un blog de ce type là : Fragments lointains

Conclusion (provisoire) :

Un blog, lieu de rencontres et de croisements, est un pont, vers d’autres rives, d’autres blogs.

Maison numérique

Comment je construis ma maison numérique ? Serge Bonnery

« Je crois que ce qui s’écrit s’écrit d’abord. Peu importe sur quel support (traitement de texte, carnet, cahier, feuille A4 volante). Dans un temps premier, ça s’écrit. Ce qui change, ce que l’outil web permet : une mise au jour (la mise en ligne) immédiate, instantanée, du travail en train de se faire. Le présent de l’écriture. Ou, si vous préférez : l’écriture au présent. »

Ecriture web

Qu’est-ce que l’écriture web ? Laurent Margantin

« L’écriture web consti­tue son propre champ lit­té­raire, elle n’est certes pas cou­pée de ce qui se passe en dehors, mais elle ne dépend pas des cri­tères lit­té­raires exté­rieurs à son champ. La ques­tion du genre (nou­velle, roman, poé­sie) par exemple, n’est pas essen­tielle, com­bien de textes com­po­sés en ligne ne sont pas clas­si­fiables à l’aide des caté­go­ries régis­sant le champ lit­té­raire tra­di­tion­nel ? Il est fré­quent que l’écriture web, dans une seule page, puisse navi­guer entre dif­fé­rents genres, ou bien s’en dégage tota­le­ment. Il est égale­ment natu­rel que l’écriture se déploie avec des images (pho­tos ou vidéos), qu’une nou­velle réa­lité lit­té­raire naisse de cette libre asso­cia­tion des sup­ports. »